Curiosité : Deux SAAB 340B ukrainiens dans le ciel Italien cet été
- Gate 7

- 27 juil.
- 5 min de lecture
Paris le 27 juillet 2026 - Le « paysage aérien italien » est souvent surprenant en matière de compagnies aériennes et de types d’appareils. Des partenariats économiques complexes montés localement avec les régions et les autorités aéroportuaires conduisent à des opérations inédites où se mêlent compagnies virtuelles, marques tierces utilisées pour les affrètements, et transporteurs réels.
En cet été 2026, deux « paper airlines » nommées Air Idea et HelloFly opèrent à partir de Gênes (Ligurie) et de Trapani (Sicile), sous couvert d’un affréteur maltais (la compagnie Luxwing, opérant en flotte propre des Dash-8-Q400 et divers avions d’affaires) qui apporte son pavillon, son inventaire de gestion des vols et son « booking engine » pour les réservations et la vente des billets, tandis que les appareils sont exploités par la compagnie ukrainienne Air Urga.
Comme on le verra plus loin, la pertinence économique de ce genre de montage reste à démontrer, mais la curiosité que cela représente sur le plan aéronautique, à savoir celle qui suscite l’intérêt des « avgeeks », est bien là, surtout lorsque qu’il s’agit de Saab 340B, un type d’appareil de plus en plus rare dans le ciel européen.
Gate7 s’est donc rendu en Italie pour faire la double expérience d’Air Idea et HelloFly.
Les deux Saab 340B d'Air Urga volant cet été en Italie : UR-ELJ basé à Gênes aux couleurs d'AIR IDEA et UR-ELV basé à Trapani à celles de HELLOFLY.


AIR IDEA
Air Idea a été lancée à Gênes au début du printemps à grands coups de communication orchestrée par l’aéroport « Cristoforo Colombo », en mal de nouvelles dessertes, et ayant de plus en plus de difficultés à contenir l’évasion de sa clientèle vers les aéroports milanais (Linate et Malpensa) situés à deux heures de route environ. A l’origine, Air Idea aurait dû utiliser deux BAe Jetstream 32 de 18 sièges affrétés auprès de la compagnie hollandaise AIS Airlines. Ce sont ces avions qui figuraient sur les premiers supports marketing diffusés lors des premières annonces au public. Mais c’est finalement avec un Saab 340B d’Air Urga, immatriculé UR-ELJ, âgé de 34 ans, que les vols ont débuté le 8 juin. Le réseau, très ambitieux, reliait alors Gênes à Alghero, Bergame, Bologne, Florence, Olbia, Pérouse, Rimini, Trieste et Venise, à raison de deux à neuf fréquences hebdomadaires selon les lignes, les tarifs aller simple allant de 99€ à 229€ TTC. Pour des raisons qui restent à déterminer (précipitation entre l’annonce et l’ouverture des lignes, commercialisation inefficiente, absence de marché, etc.), la plupart des vols de juin et juillet ont été annulés faute de passagers et très peu de liaisons sont encore commercialisées en août. Même la ligne Gênes-Trieste, qui a fait l’objet de nombreuses tentatives par le passé (Air Dolomiti à ses débuts en Dash-8-300, Itali Airlines au début des années 2000, Fly Leone en Beech 1900 plus récemment), ne donne visiblement pas les résultats attendus puisque tous les vols prévus en septembre, période supposée marquer la reprise du trafic d’affaires, ont été annulés. Il s’agit pourtant d’un axe sur lequel il existe une demande avérée, grâce à l’activité des chantiers navals de la société Finncantieri. Dès lors, on peut s’interroger sur l’avenir d’Air Idea au-delà de la période estivale au cours de laquelle seuls les vols vers la Sardaigne (Alghero et Oblia) sont assurés normalement mais sans intérêt particulier pour développer le réseau de l’aéroport de Gênes puisqu’Aeroitalia, ITA et Volotea y sont déjà implantées. Dans un tel contexte, le remplacement annoncé du Saab 340B actuel par les deux Jetstream 32 prévus initialement prête lui aussi au plus grand scepticisme…

HELLOFLY
Près d’un millier de kilomètres plus au sud, une initiative similaire à celle d’Air Idea a été lancée au cours du printemps 2026 : elle consiste à créer une ligne saisonnière reliant l’aéroport de Trapani-Birgi (TPS) à l’île de Lampedusa (LMP), en parallèle aux dessertes de service public opérées toute l’année en ATR72 par la compagnie Danish Air Transport (DAT) entre Palerme et Lampedusa ainsi qu’entre Trapani et l’ile voisine de Pantelleria. Comme pour Air Idea, l’appareil utilisé est un Saab 340B (UR-ELV, âgé de 35 ans) affrété à Air Urga (Ukraine) par la compagnie maltaise Luxwing qui apporte son pavillon (code IATA : BN) ainsi que ses systèmes d’inventaire et de distribution. Le programme des vols est moins ambitieux qu’à Gênes, avec la seule ligne TPS-LMP programmée le lundi, le vendredi et le dimanche, tantôt une fois par jour, tantôt deux. Les vols ont débuté le 3 juillet et sont pour l’instant en vente jusqu’à fin septembre, bien que certains n’aient pas été effectués pour cause de faible remplissage. Les tarifs sont modérés puisque la plupart des vols sont proposés au prix d’appel de 66€ TTC. Cette initiative semble plus raisonnable et donc plus pérenne que celle d’Air idea, bien que l’on puisse s’interroger sur la stratégie à moyen terme d’HelloFly, dont les activités sont pour l’instant limitées à ces opérations saisonnières à faible fréquence, et par voie de conséquence à des revenus sans doute très insuffisants pour équilibrer les comptes.

Focus sur les "détails "
Chaque avion est "customisé" par les compagnies italiennes virtuelles qui organisent les vols, Air Idea et HelloFly, notamment en ce qui concerne les têtières.
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Le "catering" proposé à bord est simple mais a le mérite d'exister. Tout est gratuit.
Les notices de sécurité sont rédigées uniquement en anglais mais les pictogrammes rappellent qu'il s'agit d'avions exploités sous certificat de transporteur aérien ukrainien. On note l'existence de casques "anti feu et fumée" pour tous les passagers, équipement réservé habituellement au personnel navigant.
Le petit plaisir des avgeeks
Dans un cas comme dans l’autre, l’originalité du montage effectué repose sur la disponibilité de deux appareils très anciens, exploités par une compagnie « non-UE » qui accepte vraisemblablement de baser loin d’Ukraine ses avions en contrepartie d’un minimum garanti d’heures de vols modeste, de l’ordre d’une centaine par mois tout au plus. Air Urga utilisait précédemment les deux Saab 340B concernés pour un contrat avec l’ONU en Ouganda qui a pris fin en avril 2025. L’appareil aujourd’hui aux couleurs d’Air Idea (UR-ELJ) n’avait pas volé depuis le 19 novembre 2024, date de son immobilisation à Ostrava en République tchèque tandis que celui portant les marques HelloFly (UR-ELV) était parqué à Orebro en Suède depuis la fin du contrat avec l’ONU.
A défaut d’apporter dans la durée des solutions fiables sur le plan des dessertes effectuées, et encore moins de générer des profits pour leurs investisseurs respectifs, tant l’équilibre économique des deux initiatives semblant très fragile, Air Idea et HelloFly pourront toujours se prévaloir d’avoir animé l’été des avgeeks européens. L’expérience d’un vol à bord de l’un et l’autre Saab 340B, d’origine différente comme en témoignent les configurations des cabines sans lien de l’une à l’autre, mérite le détour, avec un service à bord réel (boissons froides et mélange salé/sucré gratuit) assuré par une PNC ukrainienne « réglementaire », doublée d’une hôtesse italienne en représentation commerciale , effectuant notamment les annonces de bord en italien. Si l’on ajoute les deux pilotes, le mécanicien sol et le « loadmaster », tous ukrainiens, qui sont à bord, le nombre de membres du personnel présent sur chaque vol dépasse parfois celui des passagers...
C’est en tous cas ce qui s’est produit quand Gate7 a utilisé ces deux appareils, avec respectivement deux et trois passagers à bord, le sens inverse de la rotation ayant été à chaque fois, de l’aveu des navigants interrogés, effectué à vide !
Les cabines quasi désertes des vols empruntés par Gate7 illustrent les difficultés commerciales rencontrées par ce type de modèle, dont l'avenir au delà de l'été 2026 paraît incertain .


Luc Bereni pour Gate7



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