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Le secteur aérien engagé pour réduire son empreinte écologique: l'interview d'A. Feray OpenAirlines

Mis à jour : sept. 28

Paris le 23 septembre - Christophe Chouleur


Accusés de toute part, parfois par dogmatisme ou simplement par ignorance les acteurs du secteur aérien (compagnies, constructeurs motoristes, prestataires et sous-traitants) n’ont pas attendu les critiques et se sont mobilisés depuis de nombreuses années pour réduire l’empreinte écologique de ce mode de transport.


Gate7 explore avec ce premier entretien d'une série dédiée à l'environnement, les différentes initiatives pour lutter contre le changement climatique. Nous avons rencontré le fondateur d'OpenAirlines, Alexandre Feray, pour parler efficacité énergique, Big data et avenir de l’aviation commerciale. 

Crée il y a tout juste 10 ans OpenAirlines, est une société française basée à Toulouse qui a développé un savoir-faire unique qu’elle met au service d’une quarantaine de compagnies à travers le monde afin de réduire la consommation de kérosène et d’émissions de CO2. 

Gate7 : Avant toute chose Alexandre Feray présentez-nous OpenAirlines qui est bien connue des compagnies mais moins du grand public. 

Alexandre Feray :  OpenAirlines a été créé il y a 10 ans à l’occasion du lancement du programme de recherche européen CleanSky dont l’objectif est de réduire les émissions de CO2, de gaz et le bruit émis par l’aviation commerciale. 

Nous avons collaboré avec Transavia, TUI et, à l’époque Airlinair, afin de collecter et traiter les données de vol et voir comment ces données pouvaient être analysées et traitées lors de la préparation du vol mais également lors du vol afin de réduire la consommation de carburant et donc l’empreinte écologique de chaque vol. 

Ce long travail de recherche et développement a débouché en 2013 sur le lancement de notre logiciel SkyBreathe qui permet grâce à des algorithmes de traitement Big data des données de préparation des vols, maintenance, météo et des boites noires d’évaluer l’efficacité énergétique de chaque vol. 

Sur ces bases les compagnies aériennes peuvent préconiser à leurs pilotes de bonnes pratiques en vue de réduire les consommations de kérosène et les émissions de CO2 et également de faire des économies substantielles. 



Copie d'ecran SkyBreathe

Nous avons aujourd’hui une quarantaine de compagnies clientes à travers le monde. Pour n’en citer que quelques-unes Malaysia airlines, Royal Air Maroc, Transavia, Volotea, Fly Dubaï, Norwegian et Atlas Air font partie de nos clients. Le low-cost est très sensible aux coûts d’exploitation et est à notre image, c’est à dire agile et rapide, et s’est vite intéressé à notre solution. 

Nous sommes très heureux d’avoir signé en plein confinement un contrat avec Air France qui confirme ainsi son engagement pour l’environnement et une croissance durable. 

Nos 37 collaborateurs, principalement des ingénieurs et commerciaux sont basés pour la plupart à Toulouse mais nous avons un bureau à Hong Kong pour nos clients asiatiques et un autre à Miami pour notre clientèle américaine. 

Les équipes d'OpenAirlines

Gate7 : Parlons efficacité énergétique, quels gains peut-on attendre de la solution SkyBreathe ? 

Alexandre Feray : SkyBreathe apporte une réduction de carburant de l'ordre de 2 à 5 %. Cela peut paraître faible mais sur une facture carburant qui représente environ 30 % des couts des compagnies c’est déjà énorme. Nous travaillons pour faire croître ce pourcentage et nous faisons évoluer notre solution toutes les 3 semaines. 

Gate7 : Comment cela se passe-t-il avec les pilotes n’est-ce pas perçu comme une intrusion dans le cockpit ? 

Alexandre Feray : Non. Tout d’abord il y a une anonymisation des données qui sont communiquées à la compagnie et les données individuelles sont protégées avec des garanties. Tout cela est encadré et fait l’objet d’un travail avec les pilotes et les partenaires sociaux. 

Les pilotes sont passionnés par leur métier et conscients des enjeux environnementaux. Ils ont à cœur de faire évoluer leur pratique. C’est pour eux un challenge et un progrès auxquels il se prêtent volontiers. Les tablettes dont ils disposent dans le cockpit sont des atouts précieux qu’ils utilisent sans hésitation.  

Gate7 : L’avion fait l’objet de nombreuses critiques et semble être aujourd’hui le nouveau bouc émissaire d’une partie des écologistes. Est-ce par méconnaissance ou dogmatisme à votre avis ? 

Alexandre Feray : Comme beaucoup d’autres sujets l’environnement est devenu une source de crispation dans notre société. Si l’on peut dire que majoritairement il y a un constat partagé sur l’impact climatique de notre mode de vie, il n’y a pas d’accord sur la solution. 

Il y a une réelle méconnaissance du sujet et beaucoup d’a priori. L’étude de Paul Chiambaretto de la chaire Pégase a bien mis en avant cet écart entre la perception et la réalité de l’impact du transport aérien. 

L’industrie n’a peut-être pas assez ou mal communiqué sur le sujet. Il ne faut pas nier le problème mais le mettre en perspective. L’avion est devenu un bouc émissaire car il est perçu comme un mode de transport de riche, ce qui est faux notamment avec l’arrivée de low cost. Il faut rationaliser le débat. Je pense que comparer le transport aérien avec d’autres sources de d’émissions n’a pas la bonne manière de faire. Il faut plutôt montrer que le secteur a bien conscience de son impact, qu’il y travaille activement et que le progrès viendra de la recherche et développement et des évolutions technologiques à venir. 

Gate7 : Croyez-vous à l’arrivée prochaine d’avions gros porteurs à hydrogène et si oui à quel terme ? Y a-t-il d’autres pistes pour rendre l’aviation commerciale moins polluante ? 

Alexandre Feray : L’avion à hydrogène 2035 pourquoi pas ? mais il s’agira certainement de petits avions. Il est important de se fixer des objectifs ambitieux et des délais pour avancer. L’aéronautique a été très innovante jusque dans les années 60. Ensuite elle a surtout optimisé et amélioré mais sans révolution technologique majeure. Les constructeurs Boeing et Airbus, les motoristes et tous les acteurs de la chaîne, travaillent au quotidien à faire évoluer les choses ; il n’y a qu’à voir les différences environnementales entre les version Ceo et Neo des Airbus par exemple. Il y a également beaucoup de marges de progrès à faire en travaillant avec le contrôle aérien. C’est un acteur important dans l’optimisation des routes et des approches qui font gagner beaucoup de carburant.  Le dialogue de certaines compagnies avec les contrôleurs aériens a déjà permis de belles améliorations. 

Gate7 : Quel avenir pour OpenAirlines avec des avions à hydrogène ou éclectiques ? 

Nous n’en sommes pas encore là. La gestion de l’énergie qu’elle soit électrique ou à base d’hydrogène sera encore plus importante. Notre savoir-faire doit s’adapter à ces évolutions pour mieux accompagner les différents acteurs du secteur dans cette transformation. 

Pour l’instant OpenAirlines doit convaincre d’autres compagnies majeures d’adopter SkyBreathe, comme nous venons de la faire avec Air France. Nous devons également développer des solutions pour être encore plus dans le cockpit aux cotés des pilotes pour les aider dans cette démarche. 

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