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Singapore Airlines prête à rebondir dès que les conditions sanitaires le permettront.

Dernière mise à jour : mars 19

Paris le 12 février 2021


Alors que l’emblématique compagnie singapourienne vient de communiquer les résultats de son 3eme trimestre, Gate 7 a rencontré Franklin Auber, Directeur Marketing – Communication Singapore Airlines France, pour faire le point sur la situation de la compagnie et les perspectives de reprise. Une échange franc et direct au cours duquel ont été abordés la solidité financière du groupe, l’avenir des Airbus A380, la desserte de Paris-CDG et bien d’autres sujets.


Franklin Auber, Directeur Marketing – Communication Singapore Airlines France

Gate 7 : Les derniers résultats publiés par le groupe SIA continuent d’être dans le rouge à l’instar de la majorité des compagnies. Doit-on s’inquiéter pour la liquidité de la compagnie et sa capacité à repartir lorsque la reprise sera la ?


Franklin Auber : Singapore Airlines (SIA) vient en effet de publier des résultats négatifs pour le trimestre d’octobre à décembre 2020 et affiche une perte de 142 millions dollars de Singapour. Pour autant, le groupe a fortement réduit les pertes par rapport aux deux trimestres précédents (3.4 milliards de dollars cumulés dont 1.3 milliard pour dépréciation d’actifs) et ces résultats vont dans la bonne direction malgré la persistance de la pandémie.


Nous n’avons pas d’inquiétude sur la liquidité de la compagnie. Au 31 décembre 2020, le montant des fonds propres de SIA se montait à 15.7 milliards de dollars et depuis avril 2020, les liquidités du groupe ont augmenté de 12.7 milliards de dollars.


Ces montants considérables, obtenus via une augmentation de capital et la souscription d’un emprunt obligataire, traduisent la confiance de nos actionnaires et du marché dans la capacité de SIA à surmonter cette crise sans précédent et à rebondir une fois les restrictions sanitaires levées et les frontières rouvertes.


Enfin pour préserver ses liquidités, SIA a également annoncé le 9 février dernier, le report de 4 milliards de dollars d’investissement via la renégociation des livraisons d’avions prévue sur les 5 prochaines années. Nous avons ainsi acté avec Boeing la conversion de 14 Boeing 787-10 en 11 Boeing 777-9 supplémentaires et le carnet de commande des compagnies du groupe SIA - Singapore Airlines, SilkAir et Scoot - se compose désormais de 132 appareils.


Nous avons par ailleurs la chance d’avoir un management réactif qui a très rapidement mis en œuvre toute une série de décisions - dont d’importantes mesures d’économies et l’accélération de la digitalisation du groupe - pour que SIA puisse passer ce cap difficile et repartir plus fort dès la fin de la crise.



Gate7 : Dans un contexte difficile Singapore Airlines affiche de belles performances au niveau du Cargo. Pouvez-vous nous en dire plus ?


Franklin Auber : La diminution drastique du nombre de vols en raison de la pandémie a eu pour effet de limiter fortement les capacités de transport de fret en soute et a conduit à une pénurie de capacités. Cela a eu le mérite de mettre en avant le rôle crucial du transport aérien dans les échanges commerciaux internationaux et le développement économique.


Dans ce contexte, et comme la plupart des grandes compagnies, SIA enregistre de très bons résultats dans le domaine cargo.


La part du cargo dans les recettes long-courriers a fortement augmenté depuis avril 2020. Même si elles ne compensent pas les pertes de recettes passagers, elles permettent néanmoins de couvrir les coûts variables des rotations.


Les 7 Boeing 747-400F de SIA Cargo tournent à plein régime et nous avons renforcé nos capacités cargo avec 24 avions passagers (Airbus A350-900 et Boeing 787-10) qui n’opèrent que des rotations 100 % fret.


Sur les 9 premiers mois de l’exercice 2020/21 en cours, nos avions cargo sont remplis à 83.5% en moyenne contre 59.4% en 2019 sur la même période, soit 24 points de plus.


Au 3eme trimestre (octobre – décembre 2020), traditionnellement marqué par une forte activité, nous affichons 86.6 % de coefficient de remplissage moyen pour le fret.


Les cargaisons que nous transportons restent les mêmes qu’avant la COVID-19 : produits de luxe, produits frais périssables, composants électroniques, produits pharmaceutiques, vaccins…


SIA s’est positionné très tôt sur le transport des vaccins COVID-19, le transport de produits pharmaceutiques (dont les vaccins) étant l’un des points forts historiques de SIA cargo. Elle assure principalement son transport dans toute la zone Asie-Pacifique.



Gate7 : Après avoir suspendu les vols de et vers Paris et être revenu 3 fois par semaine Singapore Airlines assure désormais un vol quotidien est-ce à dire que, malgré les restrictions en place, la demande est là ?


Franklin Auber :Singapore Airlines a une longue histoire avec Paris. Après avoir ouvert un premier bureau en 1972, nous avons lancé nos vols entre Singapour et Paris en 1976. En 2003, nous sommes passés à un vol quotidien direct A/R puis en 2009, nous avons été la première compagnie à lancer à Paris l’Airbus A380 pour faire face à une demande croissante, notamment en classe économique.

Airbus A350 de Singapore Airlines

Comme nous venons de l’évoquer, la demande cargo est au rendez-vous et justifie à elle seule un vol quotidien.


Ce vol permet aussi d’assurer notre présence auprès du faible nombre de passagers qui continuent à se déplacer en avion. Compte tenu des contraintes sanitaires, ce sont pour l’essentiel des marins de la marine marchande, des cadres de grandes entreprises, des diplomates, des expatriés et des passagers VFR qui voyagent actuellement sur nos lignes.


Ce vol quotidien nous permet également d’offrir des correspondances optimales sur les destinations que nous desservons au-delà de Singapour (Cambodge, Thailande, Philippines, Jakarta, Kuala Lumpur…) et vers lesquelles il y a toujours une faible demande.


Enfin, et c’est une bonne nouvelle, nous constatons au travers des réservations pour l’été 2021, une réelle envie de revoyager de la part de la clientèle loisirs française.



Gate7 : Pensez-vous que le passeport vaccinal ou le Travel Pass promu par IATA sont des solutions pour accélérer la reprise du transport aérien ?


Franklin Auber : Pour Singapore Airlines, toutes les initiatives visant à rassurer les passagers et simplifier leur voyage vont dans la bonne direction. Le Travel Pass de IATA fait partie de la réponse et il est actuellement testé par Singapore Airlines sur certaines lignes en Asie du Sud-est.


La compagnie a également pris toute une série de nouvelles mesures sanitaires. Une campagne de vaccination généralisée a été par exemple récemment lancée à Singapour, sur une base volontaire, auprès des navigants et des équipes au contact des passagers. Plus de 90% des effectifs concernés se sont inscrits. Le 10 février, la compagnie a débuté ses premiers vols avec des équipages intégralement vaccinés. SIA a également mise en place un nouveau dispositif pour faciliter la réalisation des tests Covid des équipages et des passagers à l’aéroport de Singapour Changi. Nous avons aussi intégralement revu et renforcer nos procédures sanitaires et de nettoyage au sol et à bord. Ce qui a valu à Singapore Airlines de décrocher le plus haut niveau possible de certification dans ce domaine, décerné par Apex Health Safety.


Singapore Airlines a donc pris beaucoup d’initiatives, à son niveau. Mais bien entendu, les principales réponses aux challenges posés par la COVID-19 doivent être coordonnées et se situent au niveau des Etats, les compagnies aériennes étant totalement dépendantes de leurs décisions.


Compte tenu de la disparité des situations sanitaires d’un pays à l’autre et en attendant les effets positifs de la vaccination de masse, la bonne réponse, à ce stade, peut difficilement être globale. Aussi Singapour, qui a réussi à contenir l’épidémie, a-t-elle privilégié une approche ad hoc, avec des accords bilatéraux proportionnés à la situation sanitaire de chaque pays. Différents dispositifs ont été lancés comme par exemple l’Air Travel Pass avec l’Australie, la Nouvelle Zélande, le Vietnam… Mais aussi les Reciprocal Green Lanes, avec la Malaisie, l’Indonésie, la Corée, le Japon… Ils permettent de ne pas être soumis à la quatorzaine obligatoire à l’arrivée et offrent une certaine liberté de mouvements, sous réserve que l’on accepte le principe de la traçabilité durant son séjour. A ce jour, ces dispositifs permettent une petite reprise des voyages loisirs entre les pays concernés.


Gate7 : Singapore a construit sa réputation sur l’excellence de son service et la qualité de son produit, la compagnie continuera-t-elle sur cette voie quand le trafic redémarrera, ou la COVID a-t-elle changé la donne ?



Franklin Auber : L’ADN de Singapore Airlines, c’est le full service sur les liaisons long-courriers et les vols régionaux intra-asiatiques et cela ne changera pas en sortie de crise COVID-19. Notre ambition est toujours d’offrir une prestation et une qualité de service haut de gamme dans toutes les classes de voyage. Cela ne nous empêche pas d’être compétitifs en termes de tarifs notamment en classe économique.



L'excellence du service à bord de Singapore Airlines

Une simplification de l’offre du groupe SIA a cependant été lancée avant la crise de la Covid 19 afin de donner une meilleure visibilité au marché. Elle concerne Singapore Airlines, SilkAir et Scoot. Dans ce cadre, l’intégration de SilkAir dans Singapore Airlines est en cours et sera achevée en 2022. A l’autre bout du spectre, Scoot, la compagnie low-cost du groupe SIA, remplit très bien sa mission et a trouvé son public, plutôt jeune et loisir, vers des destinations comme l’Australie, la Thaïlande, le Japon ou l’Indonésie.


Bien entendu, l’après COVID-19 comporte de nombreuses inconnues notamment en ce qui concerne la reprise des voyages d’affaires à haute contribution. La mise en place de moyen de communication virtuels à distance et la situation économiques des entreprises auront forcément un impact sur les politiques de voyage des clients corporate, mais il est aujourd’hui impossible de mesurer précisément l’ampleur de ces changements à venir.



Gate7 : Le CEO de Qantas a affirmé que les Airbus A380 de sa compagnie reprendraient du service quand la demande sera de retour. Qu’en est-il pour ceux de Singapore Airlines ?


Franklin Auber :Singapore Airlines a été la compagnie de lancement de l’A380 dans le monde en 2007 et à Paris en 2009. C’est donc un avion qui occupe une place particulière dans notre histoire. Avant la crise, SIA comptait 19 A380 en opération sur son réseau, soit environ 15% des appareils de notre flotte totale.


Nous avons toujours privilégié l’utilisation de l’A380 sur des routes à fort trafic et/ou sur des lignes desservant des aéroports congestionnés tels que Londres, Tokyo-Narita, Francfort, Hong-Kong…


Contrairement à d’autres compagnies, Singapore Airlines n’a pas tourné la page de l’A380. Pour plusieurs raisons. Nous aurons besoin des capacités inégalées de l’A380 quand le trafic repartira et il reste l’avion préféré de nombreux passagers. Avec un cours du pétrole bas, c’est un appareil avec lequel on peut gagner de l’argent à condition d’atteindre des coefficients de remplissage élevés. Ce que Singapore Airlines parvenait à faire avant la crise.


Aujourd’hui, l’ensemble de la flotte A380 de Singapore Airlines est maintenue au sol, à Singapour et à Alice Springs en Australie, en attendant des jours meilleurs et la reprise du trafic…


Avant la crise, SIA proposait deux configurations de cabines A380 différentes : les A380 avec le pont supérieur 100 % business class (379 sièges) et les plus récents, entrés dans la flotte fin 2017, avec une cabine entièrement nouvelle, toujours quadri-classes mais avec davantage de sièges (471 sièges).


C’est cette nouvelle cabine de l’A380 que Singapore Airlines comptait déployer sur la ligne Paris-Singapour à l’été 2020, avant que la crise ne survienne.


La crise de la Covid 19 a conduit SIA à revoir son plan de flotte pour les années à venir. Pour l’après Covid, la compagnie a décidé de ne maintenir en ligne que 12 A380, tous équipés de la nouvelle cabine lancée fin 2017, et de sortir de sa flotte les 7 A380 les plus anciens.


L'Airbus A380 de Singapore Airlines est là pour rester

Texte Christophe Chouleur / Photos Singapore Airlines