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Prendre un vol domestique en période de confinement

Désertification, mesures de sécurité, contrôles et appréhension transforment un vol domestique routinier en une expérience singulière.


Paris le 14 mai 2020 - Stéphane Villa


Une des conséquences du confinement et des restrictions de déplacement liées à la crise du Covid-19 a été la diminution drastique des vols intérieurs. Ainsi, jusqu’au 10 mai, Air France n’assurait que 3 vols domestiques par jour depuis Paris, desservant respectivement Toulouse, Marseille et Nice. Le nombre de vols va progressivement augmenter mais les fréquences resteront fortement réduites pendant plusieurs semaines.


Quelques photos prises par un journaliste sur un vol Air France entre Paris et Marseille auront mis en avant la difficile gestion de la distanciation sociale dans un avion et obligé la compagnie, déjà en difficulté, à se justifier et mettre en place des mesures que, par ailleurs, aucun autre mode de transport en commun n’avait alors mis en place. Mais au-delà du sensationnalisme recherché, à quoi ressemble un vol intérieur en période de confinement ?

L’élément sans doute le plus marquant reste la « désertification » d’espaces jadis fourmillant de monde. Le ton est donné sur le chemin vers l’aéroport Charles-de-Gaulle, avec des axes de circulation d’un vide inquiétant. Le nombre de vols étant extrêmement limité, le filtre de sécurité du 2F est réduit à deux ou trois postes ouverts, avec une dizaine de personnes tout au plus devant vous. Une fois ces contrôles effectués, n’espérez pas faire vos emplettes dans les boutiques d’aéroport, d’ordinaire si enclines à vous inciter à la dépense. Pour cause, tous les rideaux sont tirés, seul un Relay propose un guichet pour vendre quelques menus effets. Malgré l’attroupement des passagers en porte, les salles d’embarquement du 2F restent d’un grand calme et, bien qu’ADP ait pris soin de neutraliser un siège sur deux sur les banquettes, il n’est pas difficile de trouver à s’asseoir dans ces espaces d’habitude bondés. Quand aux pistes, il faut bien sûr oublier le ballet des avions, la plupart de ceux que l’on aperçoit sont au parking, moteurs bâchés. La vue de tous ces appareils immobilisés est d’ailleurs saisissante au décollage lorsque l’on embrasse toute la zone aéroportuaire du regard.

Concernant les mesures sanitaires, Air France a été critiqué pour ne pas systématiquement neutraliser les sièges milieu. Il n’y a pas lieu là de faire de débat sur l’utilité ou non de cette mesure, mais force est de constater que, sur 4 vols domestiques effectués en période de confinement, 3 d’entre eux ont permis cet espacement apprécié des passagers. L’alignement d’A321, plus spacieux que les A320 ou A319, n’y est sans doute pas pour rien.

A l’embarquement, le personnel au sol fait son possible pour faire respecter la distance entre les pax qui font la queue, mais il est assez surprenant de constater qu’il faille rappeler à l’ordre nombre d’entre eux à ce sujet. L’embarquement débutera par le fond de l’appareil, par groupe de 3 à 5 rangées, afin d’éviter que les passagers ne se croisent.

Pour limiter une trop grande promiscuité et la traditionnelle « levée » de tous les passagers à l’arrivée au contact, le chef de cabine demande aux passagers de ne se lever qu’après les passagers de la rangée devant eux. Consigne pertinente mais hélas peu respectée.

Le port du masque est désormais obligatoire, mais avant cela Air France prévoyait un masque pour les passagers n’en disposant pas et les faisait embarquer en dernier. De fait, la plupart des passagers portait déjà leur propre masque (seulement 11 passagers sur 130 était concernés lors d’un Marseille-Paris). En revanche, pas de gel hydroalcoolique à disposition des passagers.



Si d’ordinaire prendre l’avion peut être un plaisir ou un moment offrant une expérience privilégiée, cette période de confinement change la donne et à ce titre la disparition des services différenciants est notable. En effet, la notion de SkyPriority n’existe plus et n’a de fait plus de sens ni d’intérêt : la fréquentation ne justifie pas d’un filtre de sécurité prioritaire ; quant à l’embarquement prioritaire, celui-ci n’est plus de mise (cf. ci-dessus). Pour les habitués, les salons sont fermés et l’attente se fait donc en salle d’embarquement. Enfin, il n’y a plus de prestation en vol, seule une bouteille d’eau est mise à disposition des passagers avec des verres aux galleys avant et arrière. A noter, de manière assez surprenante, la présence de quelques rangées de sièges Business sur chaque vol, classe introduite récemment sur le réseau domestique en février 2020. Son maintien tout autant que son intérêt ne manquent pas d’interroger, entre l’absence de prestation et la neutralisation presque systématique du siège milieu en Economie.


service minimum pour limiter les interactions à bord


Enfin, les contrôles de police pour vérifier la validité des justificatifs de déplacement auront été rares. Il faut toutefois noter désormais qu’à CDG les accès au terminal sont filtrés pour les départs et qu’à l’arrivée, le passage de la police aux frontières est systématique, même pour un vol domestique.


En somme, voyager en période de confinement reste une expérience particulière, entre ces grandes infrastructures sous-exploitées et désertes et cette appréhension collective palpable liée au risque sanitaire. En espérant que cela soit bientôt derrière nous…

les appareils d'Air France parqués au S2 et S3 en attendant des jours meilleurs


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crédit photos : Stéphane Villa

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