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"Coté coulisses" : Rencontre avec Pierre de Mareuil aumônier à l'aéroport Paris-Charles de Gaulle.

Dernière mise à jour : févr. 13

Paris le 9 février 2021


La plateforme de Paris CDG accueille chaque année des millions de voyageurs au départ, en transit, ou en provenance de pays lointains ou proches et de cultures et religions très variées. Des milliers de salariés de Paris Aéroport, des compagnies et de leurs prestataires sont présents en contact direct avec les passagers ou dans les coulisses. Parmi eux certains ont une mission bien particulière et peu connue du grand public : prendre en charge les besoins spirituels des voyageurs et salariés.


Gate7 a rencontré l’un des membres de la petite équipe inter-religieuse présente en différents lieux de l’aéroport en zone publique ou réservée. Pasteur de la fédération protestante de France, aumônier à l’aéroport Paris Charles de Gaulle et président de l’International Association of Civil Aviation Chaplains (IACAC)depuis octobre 2019 Pierre de Mareuil a accepté de répondre à nos questions avec la verve et la passion qui le caractérisent.


Pierre de Mareuil devant le "Grand Charles"

Gate7 : Quel est le rôle d’un aumônier dans un aéroport ?


Pierre de Mareuil : Un aumônier est le représentant d’un culte donné dans un établissement autre qu’un lieu de culte. Ça peut être un établissement militaire, un hôpital ou une prison c’est-à-dire un lieu ou un individu n’a pas la possibilité d’exercer son culte librement. On en trouve également dans les grands aéroports internationaux tels que New-York, Honkong et Londres, et bien sur CDG et Orly. Il célèbre éventuellement des offices, mais est surtout à l’écoute et accompagne spirituellement celles et ceux qui viennent à lui.


Dans la majorité des aéroports ce sont des équipes et d’espaces inter-religieux même si dans certains aéroports il peut y avoir des lieux uniquement dédiés à la religion principale du pays comme une chapelle,une mosquée ou une synagogue.


A CDG il existe plusieurs lieux dédiés : au niveau des arrivées du Terminal 2F, en zone de transit au Terminal 2E et en zone publique au Terminal 1. Il aura un nouveau lieu en salles d’embarquement lorsque les nouvelles salles du T1 ouvriront.


Ces espaces sont organisés en espaces prières qui contiennent tous des espaces dédiés aux religions chrétiennes, musulmanes et judaïque et d’un bureau d’accueil tenu indifféremment par l’un des représentants des différents cultes représentés.


Saviez-vous que la présence de lieux de culte et leur accès est l’un des nombreux critères pris en compte par SKYTAX pour noter un aéroport ?


Gate7 : Qui fréquente ces lieux et recevez-vous beaucoup de visiteurs ?


Pierre de Mareuil : Nous recevons un flux de visiteurs continue même si bien sûr il y a plus de monde au moment des offices ou à certaines périodes de l’année en fonction des différentes fêtes religieuses. Nous nous adressons en priorité aux voyageurs mais accueillons également les salariés de la plateforme.


Ce sont souvent les circonstances qui conduisent un passager à s’arrêter. Au-delà des passagers qui partent en vacances ou en voyage d’affaire il y a de très nombreux passagers qui voyagent pour des raisons personnelles heureuses ou malheureuses comme un mariage ou un décès. Ceux qui viennent nous rencontrer ont besoin d’un soutien ou d’un point de vue spirituel et d’échanger.


Ceux qui travaillent à l’aéroport ont parfois fait de ces espaces leur lieu de culte principal.


3 religions , 3 espaces prières . Un fidèle dans la salle de espace prière musulman Temps de convivialité à l'occasion de la fête juive de Pourim. Chapelle de l'espace prière du 2E


Gate7 : Vous avez donc des visiteurs réguliers ? Pierre de Mareuil : La plupart du temps non, il s’agit de voyageurs de passage que nous ne reverrons plus jamais. Ces circonstances, et le peu de temps dont ils disposent en général, rendent les échanges très intenses et libres. Sachant que nous ne nous reverrons pas les voyageurs nous livrent leur vie et leurs interrogations avec une profondeur que l’on ne trouve pas forcément dans une paroisse classique.


Je ressens de l’adrénaline dans ces échanges très brefs car je sais que je ne dois pas me tromper. Heureusement cela correspond à mon caractère et j’apprécie d’être en permanence au taquet.


Nous avons également quelques habitués. Je me rappelle très bien d’un homme qui voyageait pour son travail toutes les 6 semaines et qui venait me trouver à chaque fois qu’il était à CDG.


Gate7 : Sans trahir le secret que viennent chercher vos visiteurs, du réconfort, des conseils ?


Pierre de Mareuil : Là encore je ne peux généraliser car cela varie d’un individu à l’autre. Je suis réticent à donner des conseils, je suis là pour accompagner la personne et lui permettre d’avancer. Bien sûr parfois je dois réconforter certains passagers. Je pense notamment à ce jeune homme autrichien qui venait de perdre son père et qui après un échange anodin et cordial s’est effondré en larmes.


Un aumônier ne doit pas se cantonner au religieux, il doit se rendre disponible, être solidaire et surtout présent pour ceux qui en ont besoin.


Gate7 : Auriez- vous une anecdote à nous raconter ?


Je pense à cette mère de famille que j’ai rencontré un jour d’hiver alors que l’aéroport était paralysé par la neige et que de nombreux vols étaient annulés. Cette dame entre deux vols était épuisée et en colère. Je portais mon gilet orange et elle cherchait le bus qui devait la conduire sur le lieu d’hébergement réservé par la compagnie. Perdue, épuisée elle a déversé sur moi, sans savoir que j’étais aumônier, toute sa colère pendant que je l’accompagnais. Je ne pouvais que l’écouter et la guider. Quand nous sommes arrivés et que je l’ai confié à l’agent d’Air France elle était apaisée et sons stress était retombé.


J’ai aidé une autre fois un jeune couple Russe en voyage de noce en provenance de Moscou et à destination de New-York à rejoindre à temps leur vol alors qu’ils étaient arrivés en retard et qu’ils étaient paniqués à l’idée de rater leur vol. J’ai prévenu la compagnie qui a retardé la fin d’embarquementde deux ou trois minuteset les ai accompagnés dans le Val et jusqu’à la porte ou l’attendait les agents de la compagnie. C’était pour eux un moment crucial alors que ce voyage tant attendu risquait de mal tourner.


Parfois le rôle d’un aumônier c’est juste de rendre les choses plus fluides et de mettre de l’huile dans les rouages.


Gate7 : Etes-vous ce qu’on appelle un Avgeek ?


Pierre de Mareuil : Je le suis devenu ! J’ai toujours aimé les avions et les voyages mais je n’étais pas un passionné. Je m’y suis progressivement intéressé et me suis pris au jeu. J’ai appris à reconnaitre les différents types d’avions. Le premier que j’ai su identifier c’est le Boeing 777 qui m’a tapé dans l’œil et que je peux aujourd’hui reconnaitre sans même le voir en entier. Il faut dire que j’ai eu un maitre en la matière avec le vice-président de la IACAC lors de mes débuts. C'était un passionné et il m’a transmis sa passion.


Une religieuse surveille les bagages devant l'espace prières du Terminal 2F

texte Christophe Chouleur - photos Pierre de Mareuil