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Rencontre avec Philippe Lacroute porte parole de la Direction des Opérations Aériennes d'Air France

Paris le 9 novembre 2020 - Gate7 a rencontré Philippe Lacroute, commandant de bord sur Boeing 787 au sein d’Air France, qui vient d’être nommé porte-parole et responsable de la communication externe de la Direction des Opérations Aériennes de la compagnie

Philippe Lacroute porte-parle de la Direction des Opérations Aériennes d'Air France


Gate7 : Quel est votre rôle en tant que porte-parole des Opérations Aériennes d’Air France ?

Philippe Lacroute : Je suis là avant tout pour mettre en avant toutes les initiatives et actions mises en œuvre par les pilotes d’Air France. Ceux-ci sont force de proposition et accompagnent la stratégie de l’entreprise dans des domaines variés, comme la sécurité des vols ou le développement durable. Il s’agit de faire connaître ces initiatives au sein de la compagnie et en externe, auprès du grand public.

La sécurité des vols est notre priorité absolue, le cœur de notre métier. Ma mission est de montrer comment nous allons bien au-delà des standards et travaillons à son amélioration au quotidien.

Autre sujet clé, le développement durable, apparu chez Air France il y a déjà 15 ans. Une direction lui est dédiée au sein d’Air France, ainsi qu’au niveau du groupe. Mon rôle sur ce sujet est de faire connaître et rendre accessibles et compréhensibles les actions des pilotes dans ce domaine.

Je serai également amené à porter la voix des opérations aériennes dans d’autres domaines, en fonction notamment de l’actualité.

G7 : Quel est votre parcours ?

PL : Fils de pilote militaire puis instructeur et chef pilote au sein de la DGAC, je suis tombé très jeune dans ce milieu passionnant. Je n’ai pourtant pas été pilote tout de suite car je portais des lunettes, critère éliminatoire pendant de nombreuses années.

J’ai donc débuté ma vie professionnelle en tant que militaire de carrière dans l’armée de l’air en tant qu’électronicien sur Jaguar. J’ai ensuite rejoint Air Inter comme électronicien sur Airbus A320.

Une évolution de la législation européenne m’a permis d’obtenir mon admission médicale et ensuite de passer ma licence de pilote.

J’ai ensuite rejoint Air Littoral où j’ai été pilote sur ATR 42 et 72 puis Fokker 70 et 100 et y suis resté 5 ans.

Mon parcours m’a ensuite conduit chez Air France en 1999. J’ai été successivement copilote sur les appareils de la famille Airbus A320 sur le réseau moyen-courrier (3 ans), avant de passer sur Boeing 747-400 sur le réseau long-courrier. Après 6 années sur cet appareil, je suis revenu sur Airbus A320 en qualité de de commandant de bord sur A320 mais également instructeur et examinateur.

Depuis un an et demi, je suis de retour sur le long-courrier, en tant que commandant de bord sur Boeing 787, dont Air France a reçu cet été son 10èmeexemplaire.

G7 : Vous avez un appareil préféré ?

PL : Tout pilote vous dira qu’il est amoureux de l’avion sur lequel il vole et je ne fais pas exception !

J’ai bien entendu beaucoup apprécié le 747-400, un avion mythique, mais c’est une autre époque et le Boeing 787 est un avion superbe. J’ai également volé en simulateur sur l’A350 qui est également un très bel avion. Tous les deux permettent de réduire de façon significative la consommation de kérosène et les émissions de CO2 et de transporter nos passagers dans les meilleures conditions.

G7 : Pilotez-vous à titre privé ?

Faute de temps je ne le fais plus mais j’ai beaucoup volé pour Aviation sans Frontières et Rêve de gosse, une association formidable qui œuvre pour l’acceptation de la différence et permet à des enfants handicapés ou malades mais aussi à d’autres d’effectuer un baptême de l’air. C’est un moment qui met des étoiles dans les yeux des enfants et du baume au cœur de ceux qui les accompagnent.

Par ailleurs je suis administrateur de l’Aéro-Club de France, l’institution des « Pionniers de l’avenir », et Président en son sein, de la Commission Histoire-Arts et Lettres. Celle-ci organise notamment chaque année les Prix Littéraires en sélectionnant des ouvrages couvrant les domaines de l’aéronautique et du spatial. L’Aéro-Club de France et le seul aéroclub qui n’a pas d’avion mais qui s’attache depuis 1898 à promouvoir l’aviation et à garder très présente la mémoire de la grande histoire française aéronautique.

G7 : Peut-on exercer le métier de pilote sans passion ?

PL : C’est un milieu et un métier de passionnés. Il faut l’être pour se remettre en cause tous les 6 mois lors du passage au simulateur, se former en permanence, gérer les contraintes horaires et de décalage liées à ce métier particulier.

G7 : Pourquoi les femmes sont-elles encore peu présentes dans les cockpits ?

Au sein d’Air France il y a 8% de femmes pilotes, ce qui est élevé par rapport à beaucoup d’autres compagnies, mais reste trop faible dans l’absolu. Pendant longtemps c’était un métier considéré à tort comme masculin et beaucoup de femmes s’interdisaient ou se voyaient interdire de suivre ce chemin. Les choses évoluent et ce n’est plus un sujet aujourd’hui. Je souhaite vraiment faire passer ce message aux jeunes femmes que cette carrière intéresse : lancez-vous !

G7 : Comme toutes les compagnies Air France est affectée par le COVID et a dû réduire ses vols. Comment cela se traduit-il pour les pilotes ?

PL : La compagnie s’assure que le planning des vols soit réparti de façon à ce que tous les pilotes volent et conservent leurs compétences et qualifications. Des modules de formation ont par ailleurs été mis à disposition, sur IPad notamment, et tous les pilotes effectuent des heures en simulateur. Ils s’exercent à toutes les procédures normales ou anormales (pannes ou situations difficiles). Toutes les ressources sont mises en œuvre pour maintenir la sécurité des vols au plus haut niveau.

G7 : Dans ce contexte dans quel état d’esprit êtes-vous quand vous prenez les commandes ?

Je suis encore plus heureux que d’habitude car c’est moins fréquent. Heureux à titre personnel mais aussi pour tous nos passagers qui partent travailler, rejoindre leurs proches ou encore découvrir de nouveaux horizons. Même avec tous les outils tels que la visio conférence ou Facetime rien ne remplacera le contact humain, c’est ce qui fait la beauté de notre métier.

G7 : Comment voyez-vous la reprise ?

PL : Bien malin celui qui peut dire quand elle aura lieu, mais nous sommes tous engagés collectivement pour traverser la crise et envisager la reprise. Un récent sondage a montré que le public est prêt à reprendre l’avion dès que possible à plus de 60%. Les chose évoluent avec les tests PCR et antigéniques plus rapides mais c’est le vaccin qui permettra certainement à tous de voyager de nouveau.

L’aviation a déjà su surmonter de nombreuses crises en s’adaptant - je pense au 11 septembre, au SRAS et à de nombreuses crises économiques. Je n’ai aucun doute sur le fait qu’elle saura surmonter celle-ci.

G7 : En tant que pilote pensez-vous que le développent durable est une des conditions de la reprise ?

PL : On peut être pilote et avoir une forte conscience écologique, il n’y a là aucune contradiction. Tous les pilotes sont très heureux de pouvoir piloter des appareils dont les émissions de CO2 sont réduites de 25 % par rapport aux avions de générations précédentes, comme c’est le cas avec les A350 et le B787. Le plan de flotte d’Air France n’est pas remis en question au contraire, ce sont les investissements que nous avons priorisés dans la situation actuelle. L’arrivée de nouveaux appareils est le principal levier de réduction de nos émissions. C’est pourquoi la compagnie continuera d’accueillir à un rythme soutenu les A350 commandés, dont un prochain début 2021. Nous nous préparons également à la réception du premier des 60 A220-300 commandés par Air France en septembre 2021.

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