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L’aéroport de Lille-Lesquin se tourne vers l’avenir.

Les interviews de Gate7 : Marc-André Gennart Directeur Général de l'aéroport de Lille.


- Paris, Lille le 15 mars 2021 -



L’aéroport de la métropole Lilloise a présenté son projet de modernisation suite à une vaste concertation préalable avec toutes les parties-prenantes dans laquelle les riverains ont eu leur rôle à jouer.


L’objectif de ce projet est double : d’une part mener les travaux nécessaires pour être en conformité avec les obligations règlementaires qui ont évolué et d’autre part de moderniser les infrastructures afin d’améliorer la qualité de service et d’accueil des passagers. L’ambition est de pouvoir porter la capacité d’accueil de l’aérogare à 3,9M de passagers et d’éviter la saturation annoncée. La surface de la plateforme, qui dispose d’une emprise de 450 hectares, n’a pas besoin d’être étendue et n’est en conséquence pas soumise aux contraintes de la loi Climat et Résilience. Cela n’empêche pas, bien au contraire, le projet de prendre en compte la dimension environnementale de façon ambitieuse.


Gate7 a rencontré Marc André Gennart, Directeur Général de l’Aéroport de Lille SAS pour aborder les enjeux de cette modernisation et sa traduction concrète pour les passagers qui fréquentent la plateforme aéroportuaire des Hauts de France.


Gate7 : Pourquoi une concertation ?


Marc-André Gennart : Cette concertation est volontaire et ne répond à aucune obligation. Il nous paraissait important de recueillir l’avis du public et de toutes les parties prenantes acteurs économiques ou politiques, grand public et riverains y compris les détracteurs, avant de déposer le permis de construire et la demande d’autorisation environnementale.


Nous savons que l’aérien est un secteur sensible et nous avons choisi cette approche pour que le projet soit compris et s’adapte aux exigences et besoins de chacun.


Cette approche très constructive et utile nous a permis d’apporter des réponses par rapport aux interrogations du public et de prendre en compte les attentes de nos interlocuteurs.


Marc-André Gennart Directeur Général

Gate7 : Que faut-il retenir de cette concertation ?


Marc-André Gennart : La concertation a permis de faire valoir la sincérité et la transparence de notre approche et d’apporter, sous l’égide d’un garant, des réponses précises et le plus complètes possible à nos interlocuteurs.


Le besoin de modernisation, compte tenu de l’âge de l’aérogare qui a 25 ans et n’a pas été rénovée depuis sa construction, a pu être expliqué et compris. Nous avons pu mettre en avant le rôle complémentaire de l’aéroport par rapport au train et le fait que nos marchés, destinations et clients ne sont pas les mêmes. Des attentes ont, à cette occasion, été clairement exprimées par le public concernant l’ouverture de nouvelles destinations.

L’accessibilité à l’aéroport aujourd’hui desservi par la route en voiture ou en bus est jugée insuffisante et il existe une forte attente sur ce sujet. Des propositions ont été émises telles que la prolongation du métro ou la création d’un tramway ainsi que la création de voies cyclables.


Cette discussion nous a permis de compléter les mesures que nous avions déjà prévues pour améliorer la desserte de l’aéroport, même si les décisions concernant les investissements lourds en la matière s’inscrivent dans un temps plus long.


Nous allons augmenter les fréquences de la navette, construire une gare de bus pour mieux connecter la région. Cette gare sera accessible aux bus « Macron » et aux lignes « arc en ciel » qui permettront de mieux connecter le sud de la plateforme. La Métropole s’est de son côté engagée à créer une connexion de bus à haut niveau de service entre la Métropole et l’aéroport. Notre volonté est d’augmenter la part des déplacements en transports en commun de et vers l’aéroport et de la porter à 17%.

Une autre préoccupation abordée, plutôt par les institutionnels, a été l’artificialisation des sols. Suite à une discussion constructive nous avons revu notre projet de parking et allons dans un premier temps utiliser les surfaces déjà artificialisées et, si nécessaire, construirons dans un second temps des parkings silos.


Nous avons également différé les projets immobiliers et la construction de bureaux tant que l’accessibilité ne sera pas améliorée.


En ce qui concerne l’extension de l’aérogare par une jetée, il a été décidé d’utiliser des parkings actuellement destinés aux petits modules et donc de limiter l’artificialisation des sols.


Au final la surface artificialisée supplémentaire sera réduite de plus de moitié par rapport au projet initial et l’artificialisation supplémentaire sera principalement liée aux exigences de sureté et de sécurité telles que l’accotement de la piste principale qui doit être élargie, le chemin de ronde pour lequel nous comptons utiliser des matériaux drainants. La concertation a permis de réduire de plus de 9 hectares les surfaces artificialisées.


Nous souhaitons obtenir le niveau ACA (Airport Carbon Accreditation) 3+ afin d’atteindre la neutralité Carbone d’ici 2027 et travaillons également sur ce point avec nos partenaires dont Avia-Partner l’assistant en escale. Nous allons convertir à l’électrique la majorité de la flotte d’engins de piste, notamment les engins de push-back.


Notre ravitailleur en jet fuel va également mettre à disposition un véhicule hybride afin là encore de réduire notre empreinte écologique.


Enfin, des échanges sont en cours avec Shell afin de mettre à disposition sur Lille comme du SAF (Sustainable Aviation Fuel) dont les émissions sont de 70 et 80 % moins élevées que du kérosène classique.


Nous avons également pris des engagements concernant l’implantation des panneaux photovoltaïques que nous allons intensifier, notamment pour les ombrières au-dessus de parkings existants.


En ce qui concerne les nuisances sonores nous travaillons avec nos partenaires, dont la DGAC, pour identifier les optimisations possibles et allons pénaliser les avions les plus bruyants et ceux qui atterrissent la nuit. Les vols de nuit représentent 5 % du trafic et nous nous engageons à limiter ce trafic au niveau de 2019 jusqu’en 2039.


Nous sommes en train de formaliser tous nos engagements dans une charte de développement durable et nous entendons bien prolonger le dialogue que nous avons instauré avec les participants de la concertation. Une prochaine réunion est déjà prévue.


Comme vous le voyez l’impact environnemental est au cœur de nos préoccupations.


Illustration de la future salle de livraison bagages

Gate7 : Comment va se traduire l’amélioration de l’expérience passager ?


Marc-André Gennart : Aujourd'hui les arrivées et les départs sont situés au même niveau et les espaces sont très réduits. Dans le cadre de la modernisation nous allons séparer les flux d’arrivée et de départ. En traitant toutes les arrivées par le bas cela va libérer beaucoup d’espace supplémentaire pour les départs. Le flux sera ainsi déjà simplifié sans augmenter la taille de l’aérogare. Par ailleurs une jetée avec des nouvelles passerelles et salles d’embarquement sera construite dans la continuation de l’aérogare actuelle. Ces travaux permettront à Lille-Lesquin de croitre tout en gardant une taille humaine à laquelle nos clients sont attachés.


En ce qui concerne les services, nous renouvelons les concessions de restauration et des boutiques et prévoyons la création d’un lieu de restauration en espace réservé. Nous allons également mettre en place des services tels qu’un accès prioritaire coupe file afin de nous aligner sur les standards d’un aéroport régional de haut niveau. Nous allons aussi améliorer le système de traitement des bagages.


Nous investissons également beaucoup dans le digital pour faciliter l’expérience passagers avec, par exemple, la possibilité de réserver sa place de parking avant d’arriver à l’aérogare. Nous travaillons en partenariat avec l’aéroport de Marseille qui a déjà développé un certain nombre d’applications que nous pourrons transposer facilement à Lille-Lesquin.


L’amélioration de l’expérience passager passe aussi par des fréquences et des destinations proposées. Nous collaborons en ce sens avec les compagnies aériennes notamment vers des destinations du bassin méditerranéen pour lesquelles il existe une forte demande.


Sur les 12 Millions de passagers aériens annuels qui voyagent au départ de la région (Paris-CDG, Charleroi, Bruxelles et Beauvais) nous comptons en capter plus qu’aujourd’hui grâce notamment à l’amélioration de notre offre et le développement de nouvelles lignes.


illustration du futur Hall de départ coté ville


Gate 7 : A quelle échéance le projet va il être mené à bien ?


Ce projet qui représente un cout estimé à 100,9M € a été conçu pour être flexible et modulable, ce qui qui va nous permettre d’adapter sa réalisation aux circonstances particulières que traverse le secteur du transport aérien. Notre prochain objectif est de pouvoir déposer les demandes officielles à la mi 2021. Compte tenu de la situation actuelle, nous n’avons pas changé l’objectif relatif à la capacité de l’aérogare mais nous avons différé dans le temps la concrétisation de certains volets.


Christophe Chouleur pour Gate7


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